II. UNE RÉFORME DE LA DISTRIBUTION ENFIN LANCÉE ?

Le chantier de la réforme de la distribution de la presse et des aides associées est ouvert depuis de nombreuses années. Les montants consacrés à l'aide à la distribution en 2025 représentent 177,8 millions d'euros, soit plus des trois-quarts des crédits d'aide à la presse. La distribution de la presse peut emprunter deux canaux, qui donnent lieu à des aides spécifiques de la part de l'État :

· chez le lecteur qui aura souscrit un abonnement : la presse est alors distribuée par La Poste, ou bien par un réseau spécialisé de portage ;

· chez un vendeur de presse qui propose les titres à ses clients : les journaux sont alors acheminés à travers les deux messageries de presse, France Messagerie (FM) et les Messageries lyonnaises de presse (MLP).

A. LES RÉSULTATS DÉCEVANTS DE LA RÉFORME DU PORTAGE ET DU POSTAGE

1. Une bascule progressive des aides vers le portage

85,5 % de l'enveloppe destinée à la distribution, soit environ 139 millions d'euros, est destinée à soutenir les réseaux de portage et le postage, en baisse d'environ 10 millions d'euros par rapport à l'année précédente. Au sein de cette enveloppe, l'aide au postage diminue de 6,7 %, dans le but de favoriser le portage, tandis que l'aide au portage reste constante.

Cette somme est divisée entre :

· des aides à l'exemplaire posté, réservées aux éditeurs de publications d'Information politique et générale (IPG) et à faibles ressources publicitaires (QFRP/QFRPA), pour 61,1 millions d'euros ;

· des aides au portage, également destinées à la presse IPG et à faibles ressources publicitaires, pour 45,3 millions d'euros, dont 11,6 millions d'euros pour compenser les exonérations de charges patronales pour les vendeurscolporteurs et les porteurs de presse ;

· la compensation versée à La Poste, pour un montant de 32,2 millions d'euros en 2026.

Ce système est issu de la réforme dite « Giannesini ». Le décret n° 2023-132 du 24 février 2023 a ainsi institué une aide à l'exemplaire des titres de presse postés ou portés, réservée aux titres d'IPG d'une périodicité au maximum hebdomadaire, à leurs suppléments d'IPG et aux publications d'une périodicité au maximum quotidienne qui apportent régulièrement des informations et des commentaires sur l'actualité de l'ensemble des disciplines sportives. Depuis 2023, l'ensemble des publications de presse, d'IPG ou non, bénéficient d'une grille tarifaire postale unique. Cet avantage, lié à la mission de service public de transport et de distribution de la presse, est partiellement compensé à La Poste1(*) dans le cadre d'un protocole sur les années 2023-2026, prévoyant une diminution progressive de la compensation.

Le principe de cette réforme était d'inciter les éditeurs à structurer des réseaux de portage là où cela est possible, l'objectif final étant de cantonner le recours à La Poste aux zones sans alternatives, notamment rurales, d'autant que la qualité de service fournie par La Poste n'est pas toujours satisfaisante aux yeux des éditeurs.

2. Une réforme au milieu du gué

Compte tenu de la diminution de la compensation versée à La Poste en 2026, la réforme a permis une économie globale de 10,6 millions d'euros.

Toutefois, la situation actuelle reste très insatisfaisante. La bascule du postage vers le portage, qui était l'objectif de la réforme, n'a eu lieu que très partiellement en raison d'un contexte défavorable : une inflation forte l'année de la réforme alors que les tarifs postaux sont réglementés, d'où un signalprix défavorable au portage, touché notamment par la hausse du prix des carburants. Tandis que les dirigeants de la Poste font valoir que la distribution de la presse représente une charge très lourde et insuffisamment compensée par l'État, les acteurs de la presse soulignent la mauvaise qualité de service de l'opérateur et la nécessité de préserver l'acheminement sur l'ensemble du territoire.


* 1 Pour les années 2023 et 2024, une aide temporaire aux réseaux de portage a par ailleurs accompagné les réseaux dans leur ouverture aux publications de presse éditées par d'autres sociétés que celles appartenant au même groupe.

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