II. RENFORCER LA COORDINATION DANS LA GOUVERNANCE EN MATIÈRE D'IA POUR L'ENVIRONNEMENT
La réussite de l'IA dans les politiques publiques en faveur de l'environnement passe également par l'approfondissement des efforts de coordination, de mutualisation et de rationalisation dans la gouvernance, afin la sphère publique gagne en efficacité dans l'exploitation de cet outil.
Il s'agit d'un souhait des opérateurs eux-mêmes, qui en appellent à un renforcement des synergies et de la coordination à plusieurs niveaux.
· Cette demande concerne tout d'abord la gouvernance au plan national. Il s'agit de favoriser une logique d'innovation ouverte au sein des ministères et des opérateurs publics à travers la mutualisation des initiatives, des bonnes pratiques et des retours d'expérience pour l'intégration de l'IA au sein de l'offre de service à destination du public, a fortiori dans un domaine où les coûts d'équipement et d'accompagnement pour la mise en place de solutions technologiques fiables peuvent être élevés.
À titre d'exemple, le Cerema propose que cette démarche de coordination prenne la forme d'un comité interministériel de l'IA avec un rôle de coordinateur national qui pourrait être assuré par la Dinum. Cette gouvernance nationale pourrait s'appuyer sur des référents ministériels pour l'IA qui soient bien identifiés - l'Écolab joue déjà ce rôle pour le ministère de la transition écologique et, en partie, pour le ministère de l'agriculture - afin d'identifier les enjeux et opportunités liés à l'IA, de proposer et piloter des projets IA au sein de la sphère ministérielle et d'assurer un soutien financier pour les expérimentations en cours, comme par exemple dans le cadre du projet « Sofia » initié par l'Ademe.
Le projet « Sofia » : développer une IA publique « de confiance » sur la transition écologique
Le projet « Sofia » piloté par l'Ademe vise à créer un agent conversationnel capable d'extraire des informations pertinentes à partir d'un corpus documentaire sur la transition écologique. Il s'agit de proposer, selon l'expression retenue par l'agence, une « IA publique de confiance » dans ce domaine.
Le dispositif est inspiré de « GiecGTP » (ou « Climate Q & A ») mis au point par la société Ekimetrics. Cet outil permet, à partir d'une requête, d'accéder à des informations pertinentes et sourcées, issues des rapports du GIEC.
Une première interface a été conçue à partir d'un appel à cas d'usage diffusé auprès des personnels de l'Ademe dans le cadre d'une plateforme d'open innovation (innovation ouverte), une vingtaine de projets étant remontés.
La base documentaire qui peut être interrogée par les ingénieurs de l'Ademe comporte à ce jour les corpus du Cerema, du CGDD et de l'Ademe (rapports d'études et de recherche, communiqués de presse, lettres d'informations ; informations issues des sites Internet...).
L'agence souhaite désormais faire participer d'autres opérateurs publics pour élargir la base documentaire. Le BRGM a par exemple fait part de son intérêt.
Le travail doit par ailleurs se poursuivre pour accroître la performance, la fiabilité et l'interopérabilité du dispositif afin d'assurer notamment l'automatisation de l'intégration de nouvelles sources documentaires.
· La volonté de s'inscrire dans un cadre collectif concerne également les modalités d'appropriation de standards communs en matière de données au sein des agences et opérateurs publics et leurs partenaires. Le BRGM souligne que ce partage doit concerner non seulement la normalisation des données mais également les workflows de transformation des données à base d'IA, à travers un usage plus partagé des systèmes de data workflows.
· Enfin, pour aller vers une meilleure connaissance par les usagers potentiels des données, projets et services proposés par les opérateurs publics en lien avec l'IA, un approfondissement des actions de communication envers les publics extérieurs, au premier rang desquels les collectivités territoriales, apparaît nécessaire par exemple à travers l'organisation d'événements comme des webinaires.
Cette démarche serait complémentaire du travail de recensement des cas d'usage de l'IA au service de l'environnement qui a été engagé sous l'impulsion de l'Écolab. Ce dernier souligne qu'« une action concrète pour favoriser la généralisation de l'IA à partir de l'expérience accumulée par les collectivités sur l'ensemble du territoire est la mise en place future d'une bibliothèque commune. Elle intègrerait des jeux de données et des modèles d'IA dans une logique de mutualisation interterritoriale et le développement de “communs ouverts”. C'est un besoin commun des collectivités, opérateurs du RST du pôle ministériel et au niveau interministériel. »68(*)
Axe n° 3 : renforcer la coordination dans le domaine de l'IA pour l'environnement afin d'accroître l'efficacité de l'action publique
* 68 Atelier de la Communauté Écolab, Service Recherche et Innovation, CGDD, L'intelligence artificielle au service de la gestion de l'eau et de l'adaptation au changement climatique, avril 2024.